Pakistan : Influencer les résultats en santé et les rôles liés au sexe

Sapna rencontre les producteurs de sels à Khyber Pakhtoonkhwa au Pakistan.

Sapna rencontre les producteurs de sels à Khyber Pakhtoonkhwa au Pakistan.

Comment des facilitatrices du sel font tomber les barrières liées aux genres dans deux provinces pakistanaises.

Au Pakistan, dans les provinces du Sindh et de Khyber Pakhtoonkhwa, deux femmes s’emploient à améliorer la santé de 6,3 millions de personnes. En effet, Samina Kausar et Sapna Wisal supervisent l’iodation du sel, une importante intervention en matière de santé, dans des régions présentant des taux élevés de troubles dus à une carence en iode, de malnutrition et de pauvreté. Toutefois, leur travail entraîne d’autres retombées : Samina et Sapna font tomber les barrières liées aux genres au Pakistan et incitent d’autres femmes à se joindre à leur effectif.

Samina et Sapna sont connues comme « facilitatrices du sel ». Elles supervisent l’iodation du sel pour l’Initiative pour les micronutriments (IM) et assurent la formation ainsi que le suivi des transformateurs du sel, veillant au contrôle de la qualité là où le gouvernement n’en a pas les moyens. Elles travaillent aux côtés des autorités de districts et offrent des séances de sensibilisation sur l’importance d’utiliser du sel iodé destinées aux travailleurs médicaux, aux travailleurs communautaires et aux chefs religieux.

L’ajout d’iode au sel présente d’immenses avantages pour la santé des populations exposées à un risque de carence en iode, en particulier chez les femmes enceintes et chez les jeunes enfants, car il protège les nouveau-nés de déficience mentale et aide les enfants à atteindre leur plein potentiel intellectuel. « Nous agissons dans le véritable intérêt des personnes et notre travail change des vies », déclare Sapna.

Samina rencontre un producteur de sel dans la province du Sindh au Pakistan.

Samina rencontre un producteur de sel dans la province du Sindh au Pakistan.

Cependant, selon Samina, beaucoup de Pakistanais pensent que leur travail n’est pas convenable pour une femme. En effet, il est inhabituel que les femmes se déplacent autant sur le terrain et interagissent aussi régulièrement avec des hommes.

Facilitatrice du sel depuis avril 2010, Sapna indique avoir eu des problèmes au début. « Sur place, les producteurs de sel et les commerçants au détail ne m’aimaient pas et étaient mal à l’aise », dit-elle.

Samina admet l’existence d’autres difficultés comme celles liées à la sécurité, aux barrages routiers et au travail à temps plein dans une culture où l’on pense que le rôle d’une femme est dans la maison familiale. « Dans certaines régions conservatrices, les hommes nous regardent; ils n’aiment pas que les femmes travaillent », précise-t-elle. Selon Samina, qui est mariée et a un enfant d’un an, ils devront changer d’attitude.

Bien que les hommes soient plus présents sur le terrain, Samina et Sapna ont une autre collègue dans la province du Pendjab pakistanais. « Je me sens privilégiée et je suis fière », déclare Samina.

Malgré les difficultés, elles pensent qu’être une femme apporte une valeur ajoutée à leur travail. Sapna fait remarquer qu’une femme peut entrer en contact avec des groupes d’une communauté auxquels un homme n’a pas accès. Elle ajoute que dans leur contexte social et culturel, les personnes sont plus susceptibles de suivre les conseils d’une femme. Cette situation lui procure un avantage, dans un rôle mettant l’accent sur la formation, le renforcement des capacités et l’accroissement de la sensibilisation.

Sapna et Samina reconnaissent toutes deux que leur rôle est encore perçu comme « un travail d’homme. » Toutefois, Samina mentionne que sa communauté est fière d’elle, en particulier lorsque les aînés et les hauts fonctionnaires des districts reconnaissent son travail acharné. Quant à Sapna, elle dit que sa famille est heureuse qu’autant de personnes puissent bénéficier de son travail.

L’émancipation économique des femmes est essentielle à la réalisation de l’égalité homme femme, et à l’éradication de la pauvreté dans les communautés. Le travail de Samina et Sapna aide à améliorer la santé et le développement de millions de personnes et, en même temps, mettent leur communauté et les dirigeants au défi de repenser le rôle des femmes.

Sapna croit qu’en constatant son travail sur le terrain et voyant l’exemple positif qu’elle présente, d’autres femmes seront incitées à chercher un emploi similaire. Même si au début les personnes étaient surprises de voir une femme assumer ce rôle, elle dit être traitée avec respect et être en mesure d’obtenir des résultats. « À présent, au Pakistan, il y a des femmes qui travaillent dans tous les domaines », affirme Sapna, citant les agences de l’ONU et le ministère de l’Éducation.

Samina admet qu’il peut être difficile d’être facilitatrice du sel au Pakistan, mais que cela dépend du courage et de la volonté de la femme. Sinon, « ce travail est ouvert à tous et à toutes », ajoute-t-elle.