Réduire le nombre de cas d’anémie chez les adolescentes grâce à la créativité des administrateurs de district

india-111912En novembre 2011, Ankit Anand, receveur régional du district de Jashpur dans l’État du Chhattisgarh, effectuait une visite de contrôle dans l’une des écoles de ce district, lorsqu’il a aperçu une jeune fille âgée d’une quinzaine d’années, visiblement pâle, se diriger vers sa classe d’un pas lent et traînant. Une fois sa visite terminée, il s’est rendu dans la classe de la jeune fille pour s’informer à son sujet. L’enseignante lui a expliqué que Seema (nom d’emprunt) était une fille brillante, mais que, pour des raisons inconnues, ses résultats scolaires étaient en baisse. Elle croyait que Seema n’avait pas bonne mine, parce qu’elle n’était pas satisfaite de ses notes. Le receveur régional n’était toutefois pas convaincu; selon lui, les notes n’étaient pas l’unique cause, et il n’avait pas tort. Après une rencontre avec un représentant de l’Initiative pour les micronutriments (IM), à propos du programme de supplémentation en fer et acide folique (FAF) mené par l’organisme au Chhattisgarh, il a compris pourquoi Seema était si blême.

india-1119122En 2010, la prévalence de l’anémie chez les adolescentes du Chhattisgarh était de 85 pour cent parmi les filles scolarisées et de 89 pour cent chez celles qui ne l’étaient pas; des pourcentages épouvantables, de quelque point de vue que l’on se place. Ajoutons que plus de la moitié de toutes les filles du Chattisgarh se marie avant l’âge de 18 ans; l’anémie, combinée au mariage précoce, augmente le risque de développer des complications pendant la grossesse, et expose à un risque élevé de mortalité maternelle et de bébé de poids insuffisant à la naissance. De plus, la carence en fer peut être à l’origine de compétences cognitiveslimitées, entraînant des résultats médiocres à l’école et au travail.

Pour lutter contre l’anémie ferriprive chez les adolescentes du Chhattisgarh, l’IM a collaboré avec le ministère du Développement des femmes et des enfants, celui de l’Éducation et celui du Développement des zones tribales, afin de mettre en place une intervention simple et rentable. Une dose unique de FAF a été administrée chaque semaine à plus 95 000 adolescentes, soit des élèves de deuxième au cinquième secondaire de 424 écoles de tout l’État et des filles âgées de 11 à 18 ans non scolarisées, et ce, dans 6 832 centres Anganwadi. Ce projet pilote mis en œuvre dans trois districts du Chhattisgarh, Raigarh, Jashpur et Dhamtari, a débuté en février 2010.

En novembre 2011, le receveur régional a rencontré l’IM pour évaluer les résultats d’un examen de surveillance provisoire qui indiquait l’existence de lacunes dans la mise en place du programme. La préoccupation de l’IM se traduisait par la possibilité que les filles non scolarisées, représentant environ 30 pour cent des bénéficiaires, ne recevaient pas le comprimé le FAF au centre Anganwadi ou qu’elles n’obtenaient pas suffisamment de conseils des travailleurs de première ligne. Quant au receveur régional, il avait estimé que ces mauvais résultats pouvaient être une indication que le plus grand groupe, soit 70 pour cent des filles scolarisées, n’était pas joint de façon efficace. Seema en faisait partie.

Il a suggéré d’utiliser un formulaire simple et objectif que l’on pourrait faire circuler parmi les filles scolarisées par l’entremise des systèmes éducatifs, afin de recueillir leurs réactions à propos du programme. Les résultats ont permis de cerner le problème : les enseignants et les guides de pairs, qui avaient été choisis et formés pour donner les suppléments chaque mardi, ne l’avaient pas fait de façon régulière. De plus, les guides ne suivaient pas les lignes directrices pour conseiller les filles à propos des effets secondaires et ne les encourageaient pas à respecter la posologie. Dans certaines écoles, le matériel de communication essentiel, comme les brochures d’information et les casse-tête qui devaient servir à sensibiliser les filles à divers aspects de l’anémie, n’était pas non plus utilisé sur une base régulière.

À partir de ces renseignements, on a identifié les groupes ayant de mauvais résultats, de même que certaines écoles de ces groupes afin de relancer le programme. Une séance d’étude a été organisée à l’échelle du district, présidée par le sous-commissaire, le représentant en chef du ministère du Développement des zones tribales dans le district. On y a informé les principaux enseignants de toutes les écoles ayant obtenu ces performances médiocres et analysé les raisons qui expliquent ces résultats. Des réunions régulières par district avec les directeurs d’établissements ont servi de forum afin de leur préciser de nouveau les différents aspects de l’anémie et répondre à leurs préoccupations concernant les problèmes rencontrés lors de la mise en œuvre du programme.

À la fin du projet, un sondage visant à mesurer les retombées a donné des résultats beaucoup plus prometteurs. Après l’intervention, la prévalence de l’anémie dans les trois districts du Chhattisgarh participant au projet avait diminué respectivement de 14 pour cent et de 7 pour cent chez les adolescentes scolarisées et non scolarisées. Les résultats ont également démontré une conscience accrue de l’anémie parmi les filles, leurs enseignants et les fournisseurs de services. L’IM est reconnaissante envers les dynamiques des fonctionnaires, comme le receveur régional de Jashpur, dont la suggestion originale a servi de catalyseur qui a permis d’obtenir ces résultats.

Le programme de l’IM de supplémentation hebdomadaire en fer et acide folique destiné aux adolescentes a été intégré au plan de mise en œuvre du projet de la Mission nationale pour la santé en milieu rural de 2012-2013 dans cet État. Le gouvernement indien a donné son approbation et l’IM travaille à présent en étroite collaboration avec ses partenaires gouvernementaux pour étendre cet important programme.

« Je ne permettrai jamais qu’on mette un terme à cette initiative. La santé des femmes est une priorité. Je suis déterminé à faire en sorte que toutes les filles du Chhattisgarh aient la possibilité équitable d’être en bonne santé, en m’assurant que leurs besoins en vitamines et minéraux essentiels seront satisfaits durant ses années de procréation, durant sa grossesse et après la naissance de son bébé », a déclaré Ankit Anand.