Aider les femmes à survivre

Roy Wambua (à gauche) and Jocelyn Makori (à droite)

Roy Wambua (à gauche) and Jocelyn Makori (à droite)

Jocelyn Makori et Roy Wambua sont deux des presque 60 membres des centres de santé formés actuellement en soins obstétricaux d’urgence par le biais du projet Linda Afya Mama Na Mtoto, mené par l’IM dans le comté de Kakamega, au Kenya.

Ils prennent part à une formation en équipe fondée sur la simulation, dispensée dans les campagnes kenyanes où les ressources sont minimales. Financée par l’IM, la session est organisée par PRONTO International, qui a dirigé avec succès des sessions de formation similaires au Mexique, au Guatemala et en Éthiopie.

L’une des raisons pour lesquelles cette formation est différente c’est la possibilité d’avoir une formation pratique sans risque. À l’aide des PartoPantsTM mis au point par PRONTO, un simulateur d’accouchement qui est porté par une personne jouant le rôle de la patiente, le personnel de santé est guidé dans des simulations de complications du travail et de l’accouchement qui pourraient réellement se produire. Les naissances en urgence n’étant pas fréquentes, le personnel des établissements de santé ruraux ne rencontrent pas très souvent ces situations. Il peut donc leur être difficile de conserver les compétences acquises de la formation clinique. Or, des pratiques simples – comme le fait d’attendre plus longtemps entre la naissance et le clampage du cordon ombilical – peuvent avoir une profonde influence sur le bilan nutritionnel du nouveau-né.

C’est le second de deux modules de formation pour Jocelyn et Roy, tous deux techniciens médicaux agréés – un genre d’assistant clinique des infirmières et des médecins au Kenya. Ils ont suivis le premier module il y a trois mois et sont de retour en formation pour montrer les compétences qu’ils ont acquises et les mettre en pratique.

Jocelyn dit que les compétences en massage de l’utérus et traction contrôlée du cordon ombilical qu’elle a acquises dans le premier module étaient nouvelles pour elle et qu’elle les a immédiatement mises en pratique. Elle a fait naitre plus de 10 bébés depuis la première formation et certains ont connu des complications qu’elle a été en mesure d’affronter. Une en particulier l’a marquée : une femme enceinte est arrivée au dispensaire Emusanda en plein travail, la tête du bébé apparaissait déjà. La mère une fois délivrée, l’enfant était sans réaction et ne respirait pas. Jocelyn décrit cet instant comme effrayant pour elle, mais elle a immédiatement mis en œuvre la formation qu’elle avait reçue et a été capable de ramener le nouveau-né à la vie. La mère et le bébé ont quitté l’établissement en santé et Jocelyn est particulièrement fière de ce moment.

Clinical Officers like Roy and Jocelyn received hands-on obstetrics training through the Linda Afya Mama Na Mtoto project in Kenya.

Roy évoque un moment de fierté similaire lorsqu’une femme enceinte est arrivée au centre de santé Bushiri après avoir passé plus de 12 heures en travail chez elle. Elle a été admise et a donné naissance à sa petite fille peu après, mais elle a fait une hémorragie presque immédiatement.

« J’ai appelé une ambulance pour l’emmener à l’hôpital, mais elle a mis très longtemps à arriver. Dans la formation, ils nous ont appris à placer un tampon utérin pour arrêter les saignements, et c’est ce que j’ai fait. Son état s’est stabilisé et à l’arrivée de l’ambulance, elle allait bien, indique Roy. Si on résout le problème, on a un sentiment de satisfaction. Si on réfère le cas rapidement et qu’on se rend compte que ça s’est bien passé, c’est valorisant.

La mère et le bébé sont revenus quelques jours plus tard pour la consultation et les vaccins postnatals, et Roy a été heureux de voir que la mère s’était totalement remise.

Une autre compétence que Roy et Jocelyn sont en train d’acquérir est comment faire face à la dystocie des épaules – une complication qui survient dans 1 % à 2 % des accouchements et peut, si elle n’est pas traitée, entraîner la mort de la mère ou du nouveau-né et parfois des deux.

« Cette formation vient en temps opportun, dit Jocelyn. Juste hier, j’ai assisté un accouchement où cette complication s’est présentée. » Par chance, avec l’aide de l’agent de santé communautaire ayant référé la femme enceinte au centre, elle a pu résoudre le problème.

La majorité des femmes du Kenya ne reçoivent pas de soins prénatals dans les trois premiers mois de leur grossesse. De plus, le fait d’être confrontées à des services de santé différents tout au long de cette période les laisse, comme leurs nouveau-nés, exposées à un risque de maladie grave, d’effet débilitant à vie ou de mort. Le risque qu’elles courent est aggravé par le fait que la plupart des femmes débutent leur grossesse avec un bilan nutritionnel médiocre qui peut empirer pendant toute la grossesse.

L’IM travaille en partenariat avec le ministère de la Santé kenyan, l’AMREF, PRONTO et l’Université de Nairobi en vue d’améliorer les programmes en santé et nutrition de la mère et du nouveau-né. Collaborant avec les femmes enceintes, les agents de santé communautaire, les accoucheuses traditionnelles, les organismes communautaires de même que les fournisseurs de soins de santé en établissements, nous rejoignons les femmes plus tôt et plus souvent durant toute leur grossesse.

Pour ces femmes, ce sont des travailleurs en centre de santé dévoués comme Jocelyn et Roy qui aident à faire la différence entre survivre ou mourir pendant le travail. Et c’est grâce à l’investissement, l’engagement et la collaboration des partenaires, des gouvernements et de l’IM en vue d’apporter de précieuses alternatives, tel ce projet qui peut être mis en place dans tout le Kenya, jusque dans les pays voisins et partout dans le monde.