Aider les mères nomades en délivrant les programmes en santé maternelle là où ils sont nécessaires

Le personnel du projet a entendu dire par des membres de la collectivité que Medina a donné naissance à deux jumeaux en santé et que tous vont bien.

Dans le nord de l’Éthiopie, les Afars mènent depuis de siècles une vie pastorale, déplaçant leurs troupeaux de bétail et leurs collectivités au gré des saisons et des conditions météorologiques. Cette souplesse et cette adaptabilité les ont aidés à survivre et à conserver leur mode de vie traditionnel. Toutefois, les fréquents déplacements et l’établissement de campements isolés éloignent les femmes en âge de procréer des établissements de santé où elles pourraient avoir accès à des services de soins pendant et après leurs grossesses.

Medina Humed et son mari se déplacent avec leurs enfants dans la woreda (district) de Chifra, dans la région de l’Afar. À 27 ans, Medina en est à sa septième grossesse. Elle a cinq enfants et a accouché d’un bébé mort-né. Pour chacune de ses grossesses précédentes, Medina n’a pas cessé de s’inquiéter, incertaine de l’endroit où la famille vivrait et de la personne qui l’aiderait – si tant est qu’il y ait quelqu’un – à mesure que le moment approchait.

Lorsque son dernier enfant est né, dans sa woreda seulement 6 % des grossesses étaient assistées par un travailleur de la santé qualifié. Moins de 1 % des femmes recevant du fer et de l’acide folique durant leurs grossesses, près de la moitié étaient donc anémiques. En Éthiopie en général, le risque de mortalité maternelle est de 1 femme sur 67 (par rapport à 1 sur 5200 au Canada).

Toutefois, cette grossesse est différente pour Medina. Cette fois, elle a pu se rendre dans un poste sanitaire à 20 semaines de grossesse. Là, une infirmière a évalué sa santé, lui a donné des comprimés de fer et de folate, l’a conseillée et lui a fixé rendez-vous pour une visite de suivi. Elle a également rencontré son équipe de guides, qui a continué à la conseiller pendant toute sa grossesse.

Depuis le début de 2013, toutes les grossesses de la woreda de Chifra et de trois autres de la région de l’Afar sont protégées grâce à un programme conçu par l’Initiative pour les micronutriments (IM) et délivré par le partenariat de l’université Emory pour la santé de la mère et du nouveau-né en Éthiopie (MaNHEP), avec les autorités sanitaires régionales et fédérales de ce pays.

Le programme communautaire en santé et nutrition de la mère et du nouveau-né (SNMN) permet d’apporter les services en santé et nutrition des mères dans les collectivités, pour éviter aux femmes enceintes et à leurs bébés de se rendre dans des structures éloignées. Il sensibilise également la collectivité à l’importance de la nutrition et des soins pendant toute la grossesse.

L’approche du programme communautaire de SNMN est de créer une plateforme permettant à chaque collectivité de fournir aux femmes enceintes les services et le soutien dont elles ont besoin durant la grossesse et l’accouchement, et après la naissance de l’enfant. Cet objectif est atteint en partie  en formant les dirigeants locaux et les accoucheuses traditionnelles pour qu’ils deviennent membres de l’équipe de guides et de celle d’amélioration de la qualité.

La formation des équipes de guides leur permet de déceler les signes de grossesse, comme les changements dans la façon de travailler d’une femme ou d’équilibrer son récipient d’eau sur sa tête. Les équipes de guides prennent ensuite contact avec les femmes et leur offrent des conseils, la supplémentation en vitamines et minéraux, et leur parlent de la planification familiale. Les équipes d’amélioration de la qualité de chaque kebele (la plus petite sous-division administrative supervisent le travail des équipes de guides et présentent des données de surveillance essentielles, afin de garantir la réussite du projet.

Le programme recourt également aux médias locaux et au contact direct avec les dirigeants communautaires pour changer les comportements : en œuvrant pour persuader les femmes enceintes d’utiliser les services de santé fournis par les membres de l’équipe de guides, mais aussi pour sensibiliser les personnes pouvant influencer les femmes durant leur grossesse, comme les maris, les grands-mères et les dirigeants locaux.

Après avoir observé des résultats aussi positifs dans les quatre woredas les plus problématiques, l’IM espère que ce programme deviendra un modèle pour les 30 woredas de la région de l’Afar et desservira d’autres groupes nomades en Afrique. L’IM délivre également des programmes à d’autres collectivités au Kenya, au Sénégal et au Niger, en vue de renforcer la nutrition maternelle au sein des systèmes de santé maternelle et néonatale.

Medina parle en toute confiance et caresse son ventre avec amour et fierté, en expliquant à un ambassadeur du Canada en visite pourquoi elle se sent beaucoup mieux pour cette grossesse.

« Contrairement à mes grossesses précédentes, je me sens en meilleure santé et plus forte à présent » a dit Medina.

Elle sait que les vitamines et les minéraux qu’elle a pris cette fois-ci ont changé la situation et que, peu importe où les saisons les mèneront, elle et sa famille, on prendra soin d’elle quand son bébé arrivera.