La lutte contre la malnutrition

Par le Dr Tausif Akhtar Janjua, Directeur, Pakistan

AZ-Pak_Lahore_May-2010_050_V2Le problème de la malnutrition au Pakistan doit être traité selon une approche multisectorielle.

Près de la moitié des enfants et des mères du Pakistan souffrent de malnutrition.

La dernière Journée mondiale de l’alimentation est venue comme un sinistre rappel du nombre d’enfants que le monde perd, chaque année, à cause de la malnutrition. Cette dernière est particulièrement cruelle pour les plus pauvres des pauvres, qui n’ont pas les moyens d’avoir une alimentation de base constituée d’aliments nutritifs de grande qualité.

Malgré les progrès économiques et technologiques auxquels assistent de nombreux pays, la situation des enfants — en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire — demeure déplorable, 3,1 millions d’enfants de moins de 5 ans mourant chaque année de malnutrition.

Cela expose la prochaine génération à un risque extrême. Le monde doit reconnaître que des millions de nos personnes les plus vulnérables ne reçoivent pas suffisamment de fer, d’iode, de vitamine A, d’acide folique et de zinc dans leur alimentation, ce qui les conduit à la maladie, la cécité, des désordres mentaux et un risque accru de décès.

Le Pakistan ne fait pas exception en matière de malnutrition. D’après l’enquête nationale sur les micronutriments (NNS) réalisée en 2011, la malnutrition affecte près de la moitié des enfants et des mères du pays. Lorsque les femmes enceintes souffrent d’un manque de nutriments essentiels, elles et leurs bébés courent un risque accru de maladie à long terme et de décès prématuré. La NNS a conclu que 44 % des enfants de moins de 5 ans souffrent d’un arrêt de croissance  prématuré, 15 % de la maladie des avortons et 32 % d’insuffisance pondérale.

L’enquête concluait également que plus de la moitié de toutes les femmes pakistanaises sont anémiques, principalement du fait de carence en fer. Durant la grossesse, cet état devient particulièrement alarmant car l’anémie est un facteur de mortalité maternelle. Elle affecte également un tiers des enfants du Pakistan, entravant leur croissance et les exposant à la maladie, la déficience et la mort.

Mais il y a une bonne nouvelle en matière de lutte contre la malnutrition au Pakistan. Il existe des solutions qui ont bien fonctionné. Par exemple, le programme d’iodation du sel de l’Initiative pour les micronutriments (IM), qui a conduit à une nette diminution de l’incidence de la carence sévère en iode — de 37 % chez les femmes en âge de se reproduire et 23 % chez les enfants d’âge scolaire (d’après la NNS de 2001-2002), à seulement 3 % et 2 % respectivement (d’après la NNS de 2011).

La carence en iode est la principale cause évitable de déficience mentale. Au Pakistan, nous travaillons fort pour une meilleure croissance cérébrale, afin que les enfants puissent survivre, s’épanouir et développer pleinement leur potentiel.

Pour combattre l’extension de l’anémie au Pakistan, la farine de blé — un aliment de première nécessité — est enrichie en fer. Cette initiative est déjà en cours dans diverses régions du Pakistan. En partenariat avec le gouvernement, l’IM prévoit d’étendre les interventions à l’échelle nationale afin de s’attaquer au problème urgent de la carence en fer.

La carence en fer et l’anémie diminuent les réserves d’énergie et la capacité des personnes à fonctionner pleinement et à vivre en santé dans leurs collectivités et leur vie quotidienne. Cela touche en particulier les femmes enceintes. Pendant la grossesse, il faut davantage de fer à une femme parce que le fœtus et le placenta ont besoin de fer pour se développer. Une mère malade ou épuisée est plus susceptible de donner naissance à un bébé malade ou épuisé.

Pour une femme, le manque de fer est lié au risque de faire une hémorragie post-partum et une hémorragie générale. Chaque année, environ 50 000 femmes meurent en accouchant, à cause du manque de fer. De plus, des études ont montré que les nourrissons souffrant d’anémie due à la carence en fer présentent un niveau inférieur de développement mental et moteur. L’enrichissement d’un aliment de base contribue donc à remédier aux problèmes d’anémie du Pakistan et à aider les personnes qui en souffrent à vivre en meilleure santé.

Dans le cadre du programme de l’IM, été dressé le tout premier inventaire du sel en vue de cartographier l’industrie du sel au Pakistan et de créer le programme national d’iodation universelle du sel. De même, entre 2002 et 2003, l’IM a commandé une étude sur l’enrichissement de la farine de blé en fer et acide folique, réalisée par le Pakistan Institute of Nuclear Science and Technology (PINSTECH).

À partir des conclusions de cette étude et avec le soutien du gouvernement canadien, l’IM a mis en œuvre de nombreux  projets d’enrichissement de la farine de blé dans différent districts du Pakistan et dans celui d’Azad Jammu et Kashmir (AJ&K). Une approche concertée a été utilisée dans ces projets, en vue de rejoindre les diverses parties intéressées : les minotiers, pour enrichir la farine; les consommateurs, pour adopter d’autres comportements favorables à la santé; le gouvernement pakistanais, pour travailler en vue du caractère obligatoire de l’enrichissement; enfin, les partenaires de développement, pour promettre davantage de ressources à la lutte contre la malnutrition.

La mise à l’échelle du projet d’enrichissement de la farine de blé de l’AJ&K est en cours, afin de rejoindre  4 millions de personnes, et servira de modèle pour des interventions similaires dans tout le pays.

À l’échelle mondiale, la base de données probantes et les connaissances scientifiques concernant l’amélioration des résultats en nutrition — au moyen d’interventions directes— sont relativement bien établies. L’enrichissement des aliments, dans son ensemble, est l’intervention la plus efficace pour combattre la malnutrition. Les enseignements tirés du travail existant sur l’enrichissement doivent être portés à l’échelle nationale, de manière à pouvoir rejoindre davantage de gens, peu importe où ils vivent.

Au Pakistan, et ailleurs, la nutrition doit devenir partie intégrante des services de soins préventifs et curatifs, tant dans le contenu — information et conseils sur la nutrition donnés aux femmes et aux familles — que dans les services, et notamment l’inclusion de la fourniture d’une gamme de suppléments de micronutriments par le biais de l’enrichissement. Le problème de la malnutrition au Pakistan doit être traité selon une approche multisectorielle, faisant intervenir non seulement les ministères responsables de la santé et de l’alimentation, mais aussi d’autres secteurs qui contribuent indirectement à l’amélioration de la nutrition : c’est-à-dire l’éducation, l’agriculture, l’industrie, entre autres. Il faut insister davantage sur le fait que les interventions pour lutter contre la malnutrition contribuent dans une large mesure à la santé et la productivité d’un pays.

Cet article a été initialement publié sur le site The News on Sunday, le 22/02/15