Renforcer le leadership : Qu’est-ce qui unit le Sénégal, l’Allemagne et l’Éthiopie dans le combat mondial contre la malnutrition?

Par Joel Spicer, président et directeur général

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Avez-vous parfois l’impression de passer à côté de certains événements et tendances mondiales qui façonnent le monde et de finir par en entendre parler longtemps après leur fin? C’est bien mon cas.

Toutefois, il se passe justement en santé et développement mondiaux une chose enthousiasmante, méritant d’être remarquée et qui pourrait avoir un impact sur des millions de personnes parmi les plus pauvres au monde : l’accélération de la prise de leadership mondial en nutrition.

Beaucoup de professionnels de la filière reconnaissent qu’après des décennies à ne pas être considérée comme une priorité mondiale, l’élan du changement s’intensifie. Le consensus se renforce sur le fait que l’énorme fardeau de la malnutrition est un boulet inacceptable qui entrave les efforts de développement à plus grande échelle, allant de l’éducation à la santé et au développement économique.

Bien que connues, les statistiques sont néanmoins désolantes par leur ampleur. Elles lancent un cri de ralliement puissant et simple :

  • 2 milliards de personnes souffrent de carences en micronutriments
  • 500 millions de femmes sont anémiques
  • 300 millions d’enfants vont au lit en ayant faim chaque soir
  • 45 % des décès infantiles sont liés à la dénutrition

Dans les prochains mois, une conjonction unique d’événements mondiaux est susceptible de faire fusionner leadership, partenariat, engagement et mesures en faveur de la nutrition, ce qui pourrait changer la vie de millions de gens. L’occasion est là, à notre portée, si nous sommes assez courageux pour la saisir.

Un maillon essentiel de la chaine a été forgé récemment au Sénégal, au Sommet de la Francophonie où 57 chefs d’États – parmi lesquels les dirigeants de pays présentant certains des taux de malnutrition les plus élevés au monde – ont adopté une résolution mondiale exprimant leur préoccupation commune à propos de la faim et la malnutrition, dans leurs propres pays et en Afrique de l’Ouest en particulier.

Qui plus est, ils se sont engagés à fixer des priorités de financement nationales en faveur de la santé et la nutrition des enfants et des mères. C’est là un important marqueur de préoccupation et d’engagement collectifs. La traduction de cet engagement en lignes budgétaires sera la prochaine étape cruciale.

La prochaine grande occasion, éventuel maillon de la chaîne, se présentera à nous la semaine prochaine, lorsque les dirigeants des pays du G7 se rencontreront en Allemagne. La combinaison du pouvoir économique et de la capacité de ce groupe est plus que suffisante pour lancer le monde dans une nouvelle ère d’ambition pour la nutrition.

Le Canada a fait de la nutrition une au titre de son leadership en SMNE. Imaginez que tout le G7 en fasse autant!

Si les dirigeants du G7 peuvent s’entendre pour fixer des objectifs ambitieux, assortis d’échéances, s’engager à augmenter le financement et user de leur influence respective pour en mobiliser d’autres hors G7, un grand changement est possible. Les pays du G7 ne combleront pas à eux seuls le déficit de financement en nutrition, mais ensemble ils peuvent être un catalyseur mondial du changement. Il faudra un véritable engagement de leadership pour que cela arrive, mais c’est le genre de leadership qui pourrait pousser le monde à agir.

À la suite du G7, six semaines plus tard en Éthiopie, des chefs d’États, des ministres, des donateurs, des ONG et des chefs d’entreprises se rencontreront à la 3e Conférence internationale sur le financement du développement (intitulée fort à propos « 2015 Année d’action mondiale »), pour relever les défis du financement des futurs Objectifs de développement durables (ODD).

Il est clair que le modèle donateur-bénéficiaire de l’aide publique au développement (APD) est en train d’évoluer et qu’un changement de paradigme s’opère en ce qui concerne la manière de financer le développement.

De nouvelles sources de financement (au delà de l’APD) et de nouveaux acteurs apparaissent qui sont des composantes essentielles de la solution aux problèmes tels que la malnutrition. Financement mixte, taxes de solidarité, investissement privé, garanties de marché et obligations à impact social – tous ces outils prennent de plus en plus de place dans la trousse de financement du développement.   Cette conférence va donner une grande visibilité à l’importance d’investir en nutrition, à ce que cela coûtera et à la manière dont nous le financerons par des partenariats innovants. Cette occasion est le prochain maillon de la chaîne.

À mesure que nous nous dirigeons vers l’Assemblée générale de l’ONU de septembre, où le monde adoptera les ODD, nous devons souder le leadership, l’élan, la créativité et l’engagement à l’action de ces trois événements – au Sénégal, en Allemagne et en Éthiopie – pour forger la chaine de la nutrition la plus solide possible.

La prise d’engagements audacieux en faveur du changement est une étape importante. À présent, ce dont le monde a désespérément besoin c’est de dirigeants ayant l’énergie de traduire ces engagements en actions.

Article initialement publié sur The Huffington Post sous le titre « Momentum Is Building in the Global Fight Against Malnutrition », le 28/05/2015