La réduction des cas d’anémie chez les adolescentes revient au centre des préoccupations

Par Marion Roche, Conseillère technique, Communication en changement des comportements

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Récemment, l’Assemblée mondiale de la Santé a fixé de nouveaux objectifs en nutrition mondiale, qui orienteront et influenceront les priorités des programmes et investissements en santé. Ambitieux, l’un  d’entre eux est d’observer une réduction de 50 % de l’anémie chez les femmes en âge de procréer, d’ici 2025.

Il y a environ 600 millions d’adolescentes dans les pays en développement. Pour atteindre l’objectif fixé par l’Assemblée mondiale de la Santé, il sera essentiel de rejoindre ces jeunes filles. L’Organisation mondiale de la santé recommande la supplémentation en fer et acide folique (FAF) intermittente ou hebdomadaire des femmes non enceintes en âge de se reproduire, dont les adolescentes. Toutefois, les programmes de supplémentation en FAF sont plutôt connus pour avoir été conçus sans stratégies précises pour rejoindre les adolescentes.

J’ai entendu dire de l’adolescence qu’elle est « l’âge ingrat » pendant lequel chacun découvre l’expression personnelle et l’autonomie; mais c’est aussi, indubitablement, une période ingrate en ce qui concerne les services de santé publique en termes de prestations en nutrition, car nous échouons souvent à rejoindre ce groupe d’âge.  Bonne nouvelle : récemment la nutrition a reçu davantage d’attention.

La réduction de l’anémie chez les adolescentes est souvent motivée par la volonté et l’intérêt d’améliorer la santé de la mère et du nouveau-né chez les adolescentes enceintes. Cependant, lorsque nous cernons bien les conséquences de l’anémie tout au long de la vie d’une femme, les avantages de la réduire afin d’améliorer la performance scolaire et la productivité au travail des adolescentes ne peuvent être laissés de côté.

En outre, nous devons également fournir un effort concerté en vue de réduire l’anémie chez les adolescentes enceintes. Le taux de grossesse précoce augmente – 17 à 20 millions par an – malgré la baisse du taux de natalité mondial au cours de la dernière décennie. Les adolescentes représentent 11 % des grossesses dans le monde, 95 % se produisant dans les pays en développement.

Les complications de la grossesse et de l’accouchement sont le deuxième facteur de mortalité parmi les jeunes filles de 15 à 19 ans. Par rapport aux mères plus âgées, la grossesse précoce est associée à une augmentation de 50 % du risque d’accouchement de mort-né et de mort néonatale, de même qu’à un risque supérieur de naissance prématurée, d’insuffisance de poids à la naissance et de petite taille pour l’âge gestationnel (Bhutta et coll., 2013; Kozuki et coll., 2013; Gibbs et coll., 2012).

Le jeune âge des mères augmente le risque d’anémie pendant la grossesse, pourtant les adolescentes sont moins susceptibles de bénéficier de la couverture des services de santé, notamment la supplémentation en micronutriments, que les femmes plus âgées. Les pays qui tendent à avoir des systèmes de santé étendus afin de répondre aux besoins de toute la population sont souvent parmi ceux où les adolescentes ont moins de chances d’accéder au système de santé, en particulier pour des questions de prévention ou des problèmes de santé chronique.

Notre volonté de rejoindre les adolescentes est donc confrontée à un réel défi. Le fait d’œuvrer par le biais du système de santé a permis une nette réduction de la mortalité infantile – les familles amènent leurs enfants pour qu’ils bénéficient régulièrement d’une myriade de services, dont la vaccination et la supplémentation en vitamine A. Les adolescentes ayant rarement accès au système de santé, il n’est pas possible de procéder au transfert des connaissances et de la démarche. Toutefois, certains programmes ont dépassé le cadre du système de santé pour rejoindre les adolescentes, par exemple par l’intermédiaire des établissements scolaires, de la sensibilisation par les paires, du cadre des usines où les adolescentes travaillent dans certains pays. La vente dans les pharmacies privées en vue de cibler les adolescentes des familles à revenu moyen ou supérieur a connu un certain succès.

À l’Initiative pour les micronutriments, nous avons l’exemple d’un projet pilote aux résultats prometteurs mené dans le Chattisgarh, en Inde, où les enseignants ont distribué des suppléments de FAF à 66 709 étudiantes, une fois par semaine pendant l’année scolaire, durant deux ans.

Il était nouveau pour les établissements scolaires de s’investir dans un tel projet, mais des professeurs engagés se sont avérés d’efficaces porte-parole.

Il y a eu aussi des efforts pour rejoindre les filles non scolarisées, encore plus vulnérables, par l’entremise des services intégrés de développement de l’enfant; mais ce groupe d’adolescentes s’est révélé plus difficile à rejoindre. La sensibilisation par les paires menée par les filles scolarisées offrait une stratégie possible. Le projet actuel est en cours de mise à l’échelle afin de rejoindre plus de 3,5 millions de filles scolarisées. C’est un excellent début, mais nous pouvons encore rejoindre des centaines de millions d’autres jeunes femmes.

Les adolescentes ont beaucoup à offrir à leurs amies, leurs familles et leurs collectivités, et elles sont beaucoup plus que de futures mères en puissance. Il est temps de leur donner les nutriments dont elles ont besoin pour s’épanouir à l’école, au travail et dans la vie.

Article initialement publié sur le site Web du Huffington Post, le 06/01/15.